________ 5 Mars, 19h57
« Apres le deuxième feu, tu tournera à droite.. » ordonna son compère.
___ Sans réponse, il comprit que le conducteur le conduirait là où il le voulait. Les trois feux tricolores furent vite là et Daniel tourna à droite comme lui avait suggéré son co-pilote. Prenant de la vitesse, il saisit le tournant dans une telle rapidité que son compagnon du se tenir à la poignée du haut pour ne pas se payer la vitre de gauche. Puis il reprit allure légal. Dans cette rue, tout était sombre. Les immeubles et maisons étaient très mal propre et les chaussées vachement mal entretenues. Le peu d'éclairs dans le ciel semblaient bien mieux éclairer que les lampadaires plantés sur les trottoirs par endroit stratégiques. Se faisant doubler par les vélos, il attendait visiblement qu'on lui donne les indications suivantes afin de poursuivre sa route. Il se pencha sur son volant et examina tous les panneaux.
« Et ensuite.. où est ce que je vais ?
_ Tout droit, et quand tu verras un grand bâtiment de brique rougeâtre, tu t'arrêteras. »
___ Sans broncher d'impatience, il reprit la route. 3,11 miles.. 6,21 miles.. 12,43 miles. Plus personne ne traînait dans les rues à présent. L'orage semblait avoir viré à la tempête. Les bords de routes étaient maintenant tout inondés. Mais il avançait, laissant derrière lui une traînée d'eau glisser dans les airs sous ses pneus. La route filait droit, aucun carrefour. Telle une autoroute interminable, dans l'obscurité total. Mais au bout de quelques kilomètres de plus, une petite sortie s'écartait sur la droite dans laquelle le fameux bâtiment rouge s'étalait dans le paysage. Daniel enclencha son clignotant et prit la brochure. Il se déporta sur le côté de la chaussée glissante et se stoppa. Il freina et regarda longuement l'espace. Les gouttes d'eaux formaient d'immenses lacs sur les gouffres de la route. La Lune venait parfois se refléter dans certaines d'elles. Les maisons et immeubles se suivaient comme une file indienne. Longeant toute la longueur des trottoirs, elles ne semblaient faire qu'un seul et même bâtiment. En face de quoi, d'immondes bennes à ordures gisaient à moitié débordante. Les vielles saletés qui en dépassaient s'humidifiaient sur les trottoirs à cause de l'eau. En face, un arbre à moitié mort brouillait à la suite de la route, pointant sur l'entrée principale d'une maison. Celle-ci possédait seulement trois fenêtres. De l'extérieur, on aurait pu croire qu'elle n'était pas habitée. Aucun rideaux, pas de voitures... même la porte était vide. Quant aux parois, elles regorgeaient de mauvaises herbes. Du palier jusqu'aux gouttières, les verdures recouvraient presque toute la surface. A côté de cette vielle bicoque se posait le fameux bâtiment de brique rouge. Ce n'étaient pas vraiment des briques rouges ; plutôt des variantes entre le rouge feu, le orange, le marron et le magenta. Mais, dans tout ça , le noir de l'endroit rendait toutes ces couleurs vraiment sinistre. Peu important qu'elles auraient été jaune fluo ou bleues ciel ou même blanches, Danny en avait la chair de poule rien qu'en les voyant. Et l'immensité du bâtiment en disait beaucoup sur les habitants. Renfermé, peu sociable, mesquin, étranger.. très bizarre.
___ Depuis les quelques minutes qu'ils s'étaient garés dans cette ruelle, son compagnon avait eut le temps de passer un court coup de fil : « Je suis là » avait-il dit. Ce fut qu'à quelques minutes de cela qu'une silhouette se dessina sur le trottoir d'en face. Il semblait habillé en noir et apparemment, le sombre y était voulu et approuvé. Sans dire un mot, l'homme du côté passager sortit du véhicule abrité d'un parapluie et referma brusquement la porte derrière lui. Daniel était complètement captivé. Ne sachant pertinemment pas ce qui se tramait, sa curiosité empressait son envie de savoir. Son talon droit tapé nerveusement la moquette sous le tableau de bord, son impatience l'emporta. Il monta sa capuche sur sa tête et ouvrit sa portière. Faisant très attention à ce qu'elle n'effleure pas le trottoir il sortit ensuite de la voiture. Les gouttes de pluies vinrent de suite tremper le veston du jeune bouclé. Il passa sa tête au dessus du transport et se mit à crier.
« Eh ! »
___ A l'entente de son appel, l'individu se retourna brusquement. Son regard noir croisa un instant celui du guitariste. Un frisson lui parcouru violemment l'échine. Tout comme son accoutrement, son iris était très sombre. Dans la nuit, tout le monde aurait pu parier qu'elles étaient totalement noires. Vaguement inquiet, il rajouta :
« Euh, c'est juste que j'aimerais rentrer avant l'heure du dîner, fit-il à l'égard de son ami.
_ Pas de soucis vieux, cria t-il sous l'effondrement de le pluie, j'arrive dans deux petites minutes. »
___ Puis, non très convaincu de cette réponse, il ré entra dans sa voiture. Le froid c'était maintenant mêlé au vent. Ou était-ce juste l'étrange regard que lui avait lancé l'homme qui le glaçait jusqu'au sang.. Sachant qu'il le regardait encore, il prit un petit risque et tourna sa tête en sa direction ; il avait vu juste. Il l'observait, intensément. Apeuré, il détourna rapidement les yeux. Un bruit angoissant lui broya les tympans. Encore se serait-il rendu compte que ce n'étaient que ses genoux qui claquaient si il n'avait pas baissé sa garde. Mais sa curiosité le gagna. Il jeta un léger regard furtif dans son rétroviseur. Il ne le regardait plus. Il avait les mains dans ses poches et semblait tripoter quelque chose à l'intérieur. Mais son attention fut vite ramenée sur son ami. Sa grande veste était un vieux modèle en cuir, il avait fait fureur l'hiver dernier. Il en tira de sa poche intérieure un petit sachet blanc. Danny savait ce que c'était, mais s'efforça d'y croire. A la suite de quoi, il le tendit au mystérieux homme et prit en échange une poignée de billets. Il les planqua bien vite dans sa poche avant et puis serra la main à son client. Le regardant s'éloigner, il ne fit pas tout de suite attention à son ami qui venait tout juste d'entrer dans la voiture, emportant avec lui une mer de gouttes de pluie. Il souffla, l'air de rien. Danny enclencha le moteur. Un demi tour s'imposa. La lumière des phares entre les gouttes, il reprit la route du retour. Le silence était toujours là, quand son compagnon décida de le briser.
« Merci encore de m'avoir conduit ici.
_ Je t'en prie Darren. »
___ Darren Stine. 23 ans et quelques, il vivait dans un petit quartier pauvre du New Jersey avant de venir s'installer à Londres. Il était venu s'installer dans le pays pour affaires. Avec tous ses chiens, il s'était installé l'an dernier dans un petit loft en plein centre de Londres. A à peine la vingtaine d'années, il semblait vraiment bien réussir sa vie. C'est ce qui attira d'ailleurs Danny dans les griffes de ce prenommé Darren. A plusieurs reprises il essaya de connaître le secret de sa réussite mais nombreuses furent les fois où elles restèrent inconnues.
___ L'orage s'était vaguement calmé depuis le départ, mais la tension régnait dans la voiture. Mal à l'aise Danny engagea.
« Et sinon, qu'est ce que t'es venu faire dans ce coin paumé ? dit-il en rigolant.
_ Ce type était un ... client, hésita Darren.
_ J'ai vu que vous avez fait échange, se risqua t-il. C'était quoi ?
_ De la drogue. »
